Je rentre juste de la messe et l’homélie prononcée par le prêtre me taraude depuis. Contrairement à ce que l’on entend de coutume en assistant à la célébration, le père ne s’est pas concentré sur les textes du jour mais sur une réflexion au sujet de l’accueil des « migrants », au sens large, dans notre société. Le moment était bien choisi puisque, le 2ème dimanche après le 6 janvier, l’Église organise la Journée mondiale du Migrant et du Réfugié.
Le prêtre a indiqué que l’Église prête une attention particulière au sujet des migrations. En témoigne l’entrée du Saint-Siège au sein de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Et de rappeler que l’accueil chrétien des migrants, qu’il s’agisse de gens du voyage, de forains ou d’étrangers, est une chose très importante, critiquant légèrement les médias, les discours politiques et l’opinion publique qui adoptent des positions négatives voire hostiles à l’égard des phénomènes migratoires et des personnes concernées.
Rien de nouveau à cet égard : le clergé français s’est exprimé à de nombreuses occasions sur l’exigence d’un traitement humain des immigrés, en particulier des clandestins et des sans-papiers. Et l’épiscopat a même connu des période de désaccord ouvert avec le gouvernement, au cours des derniers années, notamment sur la questions des Roms.
Je ne nie en rien cette exigence d’humanité telle qu’elle est souvent exprimée, et j’admets volontiers que le droit et les pratiques ont encore de quoi s’améliorer. Ce qui me taraude, dans le discours de ce prêtre et dans le discours « compatissant » envers les migrants en général, c’est l’absence complète de considération pour les préoccupations que peuvent éprouver les sociétés accueillant ces migrants. Bien entendu, les enjeux se placent à des niveaux différents : dans le cas des migrants, il s’agit avant tout de régler des problèmes matériels qui se posent parfois dans des termes cruels et qui impliquent directement la dignité des personnes ; pour les sociétés d’accueil, les questions se posent davantage sur le long terme et ne sont que partiellement d’ordre matériel (en l’occurrence, financier).
Pour autant, la préoccupation des Français, et des Européens en général, face à des flux migratoires entrants très élevés est justifiée. Ils sont en droit de craindre pour leur cohésion sociale et culturelle : l’afflux de 200 milliers de personnes en France chaque année n’est pas anodin. Quid de leur assimilation et du devenir du mode de vie, des coutumes et des traditions locales ? Les frictions avec l’islam militant sont assez nombreuses pour que les Français sentent que leur culture, construite au fil des siècles, est parfois remise en cause de façon radicale. Ils ne peuvent que constater la croissance visible de prénoms étrangers (en particulier musulmans) portés par des citoyens français, des femmes voilées dans les rues etc. Ces bouleversements les inquiètent –moi aussi– et semblent se dérouler sans entrave, parfois même avec l’onction tacite de ceux qui promeuvent le multiculturalisme ou qui, justement, évacuent toute réflexion sérieuse à ce sujet. À certains égards, le clergé semble faire partie de ces gens qui ne veulent pas voir les problèmes qui se posent à la société française, et qui se contentent d’une charité « visible » et « immédiate »…
Je garde un peu espoir, néanmoins, puisque l’Église, par le voix du pape, parvient a tenir un discours équilibré sur la question. Dans son discours de voeux au corps diplomatique près le Saint-Siège, Benoît XVI a tenu à mentionner l’adhésion de l’Église à l’OIM :
[...] Il s’agit-là d’un témoignage de l’engagement du Saint-Siège et de l’Église catholique aux côtés de la communauté internationale, dans la recherche de solutions adéquates à ce phénomène qui présente de multiples aspects, de la protection de la dignité des personnes au souci du bien commun des communautés qui les reçoivent et de celles dont elles proviennent. [...]
Ce faisant, le pape décrit l’ensemble de la question et non seulement sa partie visible et la plus chargée en pathos télégénique, tant mieux.


